Mourir et renaître, la métamorphose sensible

J’ai souhaité m’exprimer sur la thématique du deuil à partir de l’écoute du morceau de musique BUTTERFLIES interprété par Tony Anderson, version Piano Sonata.(En cliquant directement sur le titre du morceau, vous pourrez l’écouter).

Une musique sobre au piano, qui touche au coeur dans la peine, tout en l’extirpant de sa prostration et de sa douleur, par quelques notes enjouées.

C’est comme si c’était l’appel de la vie, par petites touches, pour témoigner d’une espérance après la perte, d’une présence en dehors du vide et d’une douceur dans le froid des émotions contristantes.

Le morceau fait référence à proprement parler à l’envol des papillons, après leur métamorphose de la chenille en passant par le cocon.

Quelle métaphore puissante évocatrice de ce passage étroit dans lequel on se sent happé, voire engouffré, quand le deuil frappe à notre porte!

J’ai vu 4 parties distinctes dans ce morceau « Butterflies ».

La première partie de musique , durant 45 secondes, nous fait sentir cette entrée dans la tristesse, dans la souffrance, dans la douleur de la perte.

Suite à la perte ou le décès d’un être cher ou d’une situation vécue (santé, profession, mariage…), il y a un processus de deuil qui se met en place, qui peur durer de quelques semaines à quelques mois, voire années. On parle de travail de deuil, quand le processus devient conscient et vise à affronter le manque, la perte et ses conséquences collatérales. Le mot deuil vient du latin « dolus », synonyme de douleur.

Une deuxième partie de musique, durant 1 minute, nous invite à une forme de détachement et de légèreté. C’est comme s’il y avait une invitation à accueillir, en douceur, ce qui remue très fort à l’intérieur de soi, en un mix, parfois, d’émotions mêlées. Les notes sont jouées plus vivement et semblent pétillantes.

Et c’est OK, car le deuil est une expérience singulière et unique qui n’obéit à aucun schéma préétabli, quoiqu’en disent certains travaux scientifiques. En effet, il y a un certain nombre de croyances véhiculées par notre société qui poussent les personnes en deuil « à aller de l’avant », à « guérir » du deuil (comme d’une maladie), voire à traverser plusieurs étapes successives pour « faire » leur deuil.

Petite précision d’ailleurs à apporter sur le modèle du processus de deuil qui décrit  » 5 phases du deuil », citées par l’américaine Elisabeth Kübler-Ross dans son ouvrage « On death and dying » publié en 1969. Surmonter un deuil se déroulerait en 5 étapes: le déni, la colère, le marchandage, la dépression et enfin l’acceptation. Or, Elisabeth Kübler-Ross, dans son ouvrage, décrivait les différents états émotionnels traversés par des personnes, devant l’annonce d’une maladie incurable. On peut donc considérer que ses études de cas ont donné lieu à de mauvaises interprétations et véhiculent désormais une norme infondée sur le processus de deuil, en général.

Une troisième partie de musique, durant 1 minute 15, instaure un changement avec un ralentissement musical . Parfois, on entend des silences, des espaces de vide. Cela peut faire écho à cette expérience si particulière qu’est le deuil, où on peut avoir cette sensation de mourir.

Mourir à ses habitudes, à ses repères, à ses identifications,

Mourir à ce qu’on croyait éternel, immuable, vrai, solide, plein de confiance,

Mourir à ses désirs, à ses rêves, à ses joies, au sens et à la présence.

On se sent alors plutôt VIDE.

Une quatrième partie de musique, durant la dernière minute du morceau, inscrit cette alternance de moments lourds, faisant référence au chagrin et plus légers, indiquant que l’acceptation face au deuil se dessine. C’est juste normal!

On peut ressentir du vide dans ce processus de deuil, mais aussi plein d’oscillations entre le doute, la colère, la stupeur, l’amertume, la culpabilité, la rage, l’immense tristesse, le dégoût, la peur, l’angoisse, la sidération, la prostration.

L’envie d’attenter à ses propres jours peut naître aussi dans ce paysage. C’est bien légitime devant ce tsunami émotionnel vécu au travers d’une telle épreuve. On pourrait cependant parler de deuil compliqué ou pathologique nécessitant un accompagnement par un professionnel de santé, quand un ankystement dans le désespoir et le mal-être profond se met en place.

J’ai le sentiment qu’il n’y a pas d’urgence à « sortir » du deuil, mais, en même temps, qu’il y a urgence à reconnecter à soi, à sa vie, à sa direction de vie… On dirait que la dernière partie de ce morceau de musique nous y invite, pour ne pas perdre une miette de cet appel à la vie, après le vide, la perte, le chagrin, l’incompréhension, le désamour…

Mais on ne peut pas faire l’économie de la métamorphose, comme la chenille va devoir séjourner dans son cocon avant de voler en papillon.

« Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour de votre naissance et le jour où vous découvrez pourquoi. » Mark Twain (écrivain et humoriste américain)

Ne serait-il pas temps de « mourir et renaître » en prenant le temps et la forme que l’on souhaite?

En s’affranchissant des croyances et idées reçues sur le deuil, véritables gangues enfermant dans la culpabilité, l’incompréhension ou l’angoisse…

Quelques pistes à explorer…

  • Apprendre à mieux accueillir et écouter ses ressentis et ses émotions puis exprimer toute sa palette sensible, pour soi d’abord, puis au monde si ça résonne (un écrit, une création artistique, un engagement…).
  • Instaurer des rituels, ce qui, symboliquement, indique un changement temporel et un moment de mémoire, de recueillement, d’au revoir et de libération constructive ? (une cérémonie, un discours, un moment, un geste…).
  • Changer progressivement sa perception de la vie et des évènements, en transformant ses pensées négatives en gratitudes pour le passé partagé avec le défunt et pour le présent d’aujourd’hui.  C’est une forme de résilience qui s’opérera.
  • Bien s’entourer, en cherchant à avoir des relations avec des personnes bienveillantes et attentives à nos besoins. En acceptant d’affronter le sentiment de vide et de solitude, on peut alors accepter de vivre sereinement de nouvelles relations également.
  • Être bienveillant.e envers soi-même et se donner les chances de se reconstruire, en cherchant le sens que l’on souhaite pour la suite de notre existence et en développant, avec résilience, ses ressources intérieures.

« Dans chaque épreuve, ne cherchez pas l’ennemi, cherchez l’enseignement. » (Mikao Usui).

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


		

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Photo de Lane Jackman sur Unsplash
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